[Velocite] Pour des cyclistes, un banal contrôle de police s'est conclu par une nuit derrière les barreaux.

Eric Boisseau boisseaueric at wanadoo.fr
Mer 25 Mar 00:31:39 PDT 2009


http://www.sudouest.com/gironde/actualite/article/539759/mil/ 
4324988.html
Mercredi 25 Mars 2009
POLÉMIQUE. La phase répressive de la Police nationale face aux  
infractions des cyclistes bordelais fait débat
Les cyclistes secoués
Le contexte. Face à la multiplication des infractions et des  
accidents de deux-roues, la Police nationale opère depuis quelques  
semaines une campagne répressive. À Bordeaux, les contraventions  
contre les cyclistes inciviques pleuvent, jusqu'à l'interpellation de  
10 d'entre eux, suivie d'une garde à vue la semaine dernière.
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C'est une femme chic, bordelaise bon genre. Marie S. a 49 ans, elle  
sort à bicyclette d'une réunion de travail dans le quartier des  
Chartrons. Il est 1 h 20 du matin, dans la nuit de jeudi à vendredi,  
et elle croyait rentrer tranquillement chez elle. « Une voiture de  
police m'a arrêtée, deux policiers m'ont demandé mon identité. Ils  
m'ont fait souffler dans l'éthylotest. Je leur ai avoué avoir bu deux  
ou trois verres de vin. Le test était positif, ils m'ont dit  
d'attacher mon vélo et m'ont embarquée dans la voiture. J'étais  
sidérée. Un mauvais film. »
« En arrivant à l'Hôtel de police, il y avait beaucoup de monde,  
d'autres cyclistes, comme moi. On me donnait des ordres en claquant  
dans les doigts, on m'appelait "ma p'tite dame". J'ai été conduite  
dans un sous-sol avec des cellules vitrées et on m'a dit : "Passez à  
la fouille". Là, une policière fatiguée m'a demandé d'enlever mes  
chaussures, mes lacets, mon soutien-gorge, ma robe. J'étais en  
culotte. Elle a vidé mon sac, en a fait l'inventaire, elle a compté  
mes chèques. Une fois rhabillée, sans mon soutien-gorge ni mes  
lacets, elle m'a placée en cellule, avec une autre femme qui hurlait  
et tapait contre les murs. On ouvre deux verrous et on vous pousse à  
l'intérieur. Pas de lumière, seulement les hurlements de cette femme. »
« Je suis restée là, sur un matelas posé au sol, jusqu'à 10 heures du  
matin. J'ai paniqué, je me disais : "Qu'est ce que j'ai fait ? Ils  
m'ont oublié ?". À 10 heures, j'ai tapé aux vitres à mon tour. Un  
policier qui commençait sa journée est venu m'ouvrir. Il était  
atterré. Il m'a dit : « J'ai honte, tous ces cyclistes cette nuit...  
ça ne m'étonne pas que les gens détestent la police. » Avant de  
sortir, il y a eu encore un interrogatoire, l'inspecteur voulait  
connaître mon statut, mon salaire, mes crédits en cours, si j'étais  
propriétaire ou locataire... Je n'ai jamais nié l'infraction. Mais  
cette garde à vue m'a traumatisée. »
Politique de la ville
Marie S., depuis, a écrit au Directeur départemental de la Sécurité  
publique, Albert Doutre. Alerté les médias. « Comment justifier une  
telle procédure ? », questionne-t-elle. Le placement des 10 cyclistes  
émêchés dans la nuit de jeudi à vendredi a été confirmé de source  
policière.
Albert Doutre signale à cet égard que « 60 % des accidents de  
circulation corporels sur l'agglomération bordelaise sont causés par  
des deux-roues ». Certes. Mais le président de l'association Vélo- 
Cité, pour la promotion et la défense de l'utilisation du vélo,  
Didier Fénéron, conteste ce point de vue. « Il y a un amalgame entre  
les deux-roues motorisées et les cyclistes. Les cyclistes ne sont pas  
les premiers à viser en terme de répression, car ils sont les plus  
vulnérables. On ne comprend pas cet acharnement. En janvier 2009,  
nous avons mis en place un partenariat avec la Police nationale.  
L'objectif était de lutter contre le vol des vélos et assurer la  
sécurité des cyclistes. Que reste-t-il de nos accords ? Les cyclistes  
sont une cible facile. Cet excès de répression donne une mauvaise  
image de la Police nationale, plutôt rétrograde, et qui ne comprend  
pas les enjeux du développement urbain. »
À la mairie de Bordeaux, Michel Duchène, historiquement à l'origine  
de la politique du vélo à Bordeaux n'en revient pas. 55 000  
déplacements à bicyclette par jour à Bordeaux. « La ville a mené une  
politique de vélo exemplaire. On a bien sûr aussi constaté  
l'incivilité de certains cyclistes, alors on a mis en place avant  
tout le monde un code de la rue qui appelait au respect des règles.  
Aujourd'hui, les cyclistes bordelais sont perçus comme des  
délinquants potentiels par la Police nationale. Il existe un vide  
juridique concernant le statut du cycliste aujourd'hui, certes, mais  
ils sont bien trop stigmatisés. »
Excès de zèle
En décembre 2005, Pierre Hurmic, adjoint Vert de Bordeaux, avait été  
interpellé dans la rue, avant d'être placé en garde à vue. Une  
instruction est toujours en cours. L'avocat se dit « particuièrement  
sensibilisé » par cette situation. « Les cyclistes dit-il, ne sont  
pas au-dessus des lois, mais il n'est pas interdit d'appliquer la loi  
avec discernement. Je suis stupéfait du zèle inouï, de la  
stigmatisation et de l'absence de discernement dont sont victimes les  
cyclistes. Cela va à l'encontre des efforts de la ville pour  
faciliter l'usage du vélo. »
Marie S. sera convoquée devant la justice dans quelques semaines.

Les réactions, du côté de la Police
Les syndicats s'interrogent
Lionel Lafargue, du Syndicat national des officiers de police (SNOP)  
rappelle que les cyclistes doivent respecter les règles, avec un  
bémol : « Je ne suis pas favorable à une systématisation de la garde  
à vue. Oui pour la sanction, mais non à la procédure. Il va falloir  
réfléchir avec le Parquet à une procédure simplifiée pour ce genre  
d'infraction. » Pour le syndicat Synergie, Jack Allais, en revanche,  
souligne que les policiers « font leur boulot, mais je me demande si  
la prévention est suffisante. Il faudra apprendre à circuler  
ensemble, l'incivisme est vérifié de part et d'autre. »
Albert Doutre sans états d'âme
Le patron des policiers girondins : « Depuis le 11 mars, 1 412 deux- 
roues ont été verbalisés. 90 pour conduite en état d'ivresse dont 15  
cyclistes. Il est surprenant qu'on reproche à la police le placement  
en garde à vue de cyclistes avec des taux de 1,50 à 1,80 g d'alcool  
par litre de sang alors que dans le même temps deux policiers nantais  
qui ont laissé un piéton ivre dans la rue ont été poursuivis. Si on  
ne ramène pas ces personnes en dégrisement et garde à vue, on les  
laisse dans un état second et délictuel. Ce serait de la  
responsabilité des fonctionnaires ! »
Auteur : Isabelle Castéra
i.castera at suouest.com

BORDEAUX
Dix cyclistes à l'ombre pour quelques verres de trop
Crédit Photo : Franck Lefebvre
. Pour des cyclistes bordelais, un banal contrôle de police s'est  
conclu par une nuit derrière les barreaux. Volonté de lutter contre  
les accidents de la route... ou de faire du chiffre ?. La police  
justifie les placements en garde à vue par l'état d'ébriété des  
cyclistes contrôlés. Mais des policiers s'avouent eux-mêmes choqués  
par la méthode.

Franck LEFEBVRE-BILLIEZ - le 24/03/2009 - 18h20
La soirée avait commencé par une fête. Pour Gaëtane S., elle a fini  
en cauchemar : contrôle de police, interrogatoires à répétition par  
des policiers décrits comme plutôt agressifs, garde à vue, fouilles  
au corps, obligation de se dévêtir et confiscation du soutien-gorge  
et des lacets, le tout conclu par une nuit passée par terre dans une  
cellule, enroulée dans son manteau. Cette chargée de communication  
bordelaise de 49 ans n'avait pourtant commis aucun délit, si ce n'est  
celui de circuler à vélo après une soirée au cours de laquelle elle  
avait bu, selon elle, "cinq verres de vin". Une soirée très  
officielle et fort peu débridée, puisqu'elle concluait, jeudi  
dernier, un congrès national dont Gaëtane S. est l'une des  
organisatrices : les Journées de Bordeaux sur la pratique de  
l'ergonomie. Tout comme elle, cette nuit-là, plusieurs cyclistes  
bordelais se sont ainsi retrouvés placés en garde à vue, fouillés,  
longuement interrogés, obligés de se dévêtir devant des  
fonctionnaires de police, avant d'être relâchés au bout de plusieurs  
heures, plutôt ahuris et choqués, avec une convocation pour une  
mesure de composition pénale. L'affaire a fait du bruit dans la  
ville. Au grand embarras de la police. Au commissariat de Bordeaux,  
on tente de justifier l'opération. David Book, commissaire principal  
du service d'ordre public et de sécurité routière, cite des chiffres  
qu'il estime éloquents : en 2008, note-t-il, pratiquement 4 accidents  
mortels sur 5 constatés dans l'agglomération bordelaise impliquaient  
un deux roues. Et depuis début 2009, la tendance est à la hausse.  
D'où la volonté de viser spécifiquement les conducteurs de  
cyclomoteurs et autres vélos à travers des campagnes de prévention,  
auxquelles, note le policier, a notamment participé Vélo-Cité, une  
association locale militant pour les déplacements en bicyclette. Mais  
aussi à travers des contrôles accrus. Précisément, une campagne de  
contrôles a été lancée depuis début mars. Avec des résultats déjà  
significatifs : un peu plus de 1100 infractions relevées sur 3  
semaines, essentiellement pour des refus de priorité à un feu. Les  
contrôles menés de nuit ont aussi permis de mettre en évidence des  
infractions connexes : conduite en état d'ébriété ou sous l'emprise  
de stupéfiants, notamment.

Rien que la procédure, mais toute la procédure
Or, souligne le policier, en cas d'ébriété avérée, la procédure est  
claire : les contrevenants doivent être retenus pour leur propre  
sécurité. Les mesures sont respectées d'autant plus strictement  
depuis la mort à Nantes, en 2006, d'un ouvrier tunisien, contrôlé  
alors qu'il était ivre sur la voie publique, puis relâché et retrouvé  
par la suite noyé dans un canal. Lescyclistes présentant des taux  
d'alcoolémie qui pouvaient, pour certains d'entre eux, dépasser 1,5 g  
d'alcool par litre de sang, ont donc été placés en garde à vue, avec  
application de toute la procédure prévue dans ce cas - notamment les  
palpations et la confiscation de tout objet potentiellement  
dangereux. Pour la police, l'affaire se limite à une stricte  
application de la procédure.
Gaëtane S. a écrit une lettre au directeur départemental de la  
sécurité publique, dans laquelle elle s'interroge : "Comment peut-on  
justifier une telle procédure ? Quel intérêt pour la justice, l'ordre  
public, la sécurité des biens et des personnes ?" Et du côté de Vélo- 
Cité aussi, pourtant citée comme partenaire par la police, on  
s'offusque. L'association refuse que son nom soit lié à cette  
campagne de contrôles. "Il y a bien eu des opérations de prévention  
ces derniers mois", raconte Muriel Sola, chargée de mission de  
l'association. "Mais ce qui se passe depuis début mars, c'est de la  
répression pure, sans prévention. Et c'est totalement  
disproportionné. Certes, les deux roues sont proportionnellement plus  
victimes d'accidents que les autres. Mais il s'agit uniquement des  
deux roues motorisés ! Depuis le début de l'année, en ce qui concerne  
les vélos, c'est plutôt calme au contraire". Devant le tollé, la  
mairie de Bordeaux elle-même a réagi : Michel Duchène, adjoint au  
maire, a appelé "à du discernement" dans les sanctions infligées aux  
cyclistes qui pourraient selon lui être découragés de prendre leur  
vélo par des "sanctions lourdes et très fréquentes".

"Les deux roues deviennent un nouveau filon"
A l'antenne bordelaise du syndicat Unsa-police, on a une possible  
explication. Et on prête à l'opération des intentions moins louables  
que la seule volonté d'accroître la sécurité. Pour Aymed Korbosli,  
elle vise tout simplement... à gonfler les statistiques des faits  
élucidés, qui permettent de mesurer l'efficacité de la police dans la  
lutte contre la délinquance. "En matière de crimes et de délits,  
quand vous avez une plainte pour viol, c'est ce qu'on appelle un fait  
constaté, détaille le syndicaliste. Quand vous avez un placement en  
garde à vue après un contrôle d'alcoolémie, c'est un fait élucidé.  
Quand vous avez, sur une ville comme Bordeaux, 5000 faits constatés  
d'un côté, et 4500 faits élucidés de l'autre, vous pouvez avoir  
l'impression que 4500 des 5000 affaires qui ont donné lieu à des  
plaintes ont été résolues. Mais ça peut aussi être très trompeur !".  
Et de détailler : selon lui, l'opération de contrôle de la nuit de  
jeudi à vendredi s'est traduite par "16 gardes à vue, dont 9 pour  
alcoolémie, parmi lesquelles 8 concernaient des cyclistes. Sachant  
que pour certains, les taux d'alcoolémie étaient élevés, mais que  
pour d'autres, ils étaient suffisamment bas pour permettre aux  
personnes concernées de rentrer chez elles à pied sans problème de  
sécurité". La volonté de "gonfler" les chiffres ne fait donc, pour  
l'Unsa-police, aucun doute ; elle semble trouver des échos au sein  
même du commissariat de Bordeaux, où des policiers, selon les  
cyclistes gardés à vue, se seraient déclarés "écoeurés" par cet  
épisode et par la pression imposée par leur hiérarchie pour "faire du  
chiffre". Quant au choix de la cible des contrôles - des vélos -  
Aymed Korbosli l'explique de la même manière : "Comme les  
automobilistes, à force d'être contrôlés, respectent aujourd'hui  
davantage le Code de la route qu'il y a quelques années, les deux  
roues deviennent un nouveau filon".


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